logo



 

Adem Jashari et l’UCK : Histoire et contexte

Figure emblématique, durant les années 1990, de la résistance albanaise contre l’oppression yougoslave, Adem Jashari est connu et reconnu de tous les Albanais. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux le considère, aujourd’hui, comme le Gjergj Kastrioti (Skanderbeu) du XXème siècle. Pour cause, il est l’un des principaux fondateurs de l’armée de libération du Kosovo (UCK, Ushtria Çlirimtare e Kosovës) et s’y est consacré corps et âme au point d’y laisser sa vie, mais aussi celle de plus de 50 membres de sa famille et de ses amis.

Dans le but donc d’appréhender un peu mieux l’homme qu’il a été, nous allons nous pencher sur certaines questions quant à son histoire personnelle et familiale, mais également sur ses différents engagements en faveur de l’indépendance du Kosovo. Quel est son parcours de vie ? Comment est-il parvenu à combattre l’armée militaire yougoslave ? Et finalement, que nous reste-il aujourd’hui de lui et de ses combats ?

Naissance d’Adem

Né, à Prekaz dans la région de Drenicë, Adem Jashari vient au monde, le 28 novembre 1955,  jour anniversaire de l’indépendance de l’Albanie. A ce même moment, des coups de fusils retentissent, dans toute la région, pour fêter ce jour de fête et son père, comme enivré de bonheur, a presque l’impression que l’ensemble du pays célèbre la naissance de son fils. Il couvre alors son berceau du drapeau rouge et noir de Gjergj Kastrioti comme s’il se doutait de la future destinée du petit Adem.

Drenica et la famille Jashari

Comme mentionné précédemment, Adem Jashari est originaire de la Drenicë. Située au cœur du Kosovo, c’est également ainsi qu’on la désigne parfois au vu de sa longue tradition de résistance aux nombreux envahisseurs depuis plus de six cent ans. Cet état de fait s’illustre très bien à travers de nombreux philosophes comme Muje Loshi, Xhemal Abrija et Tahir Berisha, mais également à travers des combattants à l’exemple de Milosh Nikollë Kopiliqi, Ahmet Delia, Hasan Prishtina, Azem et Shote Galica, Shaban Polluzha, Emin Lati Meha et d’autres encore.

La famille Jashari a donc baigné dans cette culture de lutte pour la liberté et son identité en a été fortement imprégnée. A titre d’illustration, l’arrière arrière grand-père d’Adem Jashari, Murat, fut tué, durant la onzième guerre russo-turque de 1877-1878, en combattant pour protéger les frontières des terres albanaises. Le père d’Adem Jashari, Shaban, né en 1924,  était un fervent opposant aux Partisans et au régime de Tito et fut parmi les derniers à rendre les armes à la fin de Adem, Shaban et Hamzë Jasharil’année 1946. Le Kosovo, après avoir rejoint l’Albanie durant la deuxième guerre mondiale, est alors à nouveau rattaché à la République fédérale populaire de Yougoslavie. De 1949 à 1952, Shaban exerce, dès lors, la profession de maitre d’école. Accusé d’insuffler un sentiment patriotique à ses jeunes élèves, il devient, en conséquence, la cible du régime. Forcé de se retirer de l’enseignement, il se résout alors à vivre uniquement de ses terres. Cependant, malgré la répression qu’il subit, le clan Jashari prend sa revanche sur le destin en devenant l’un des plus puissants de Drenica.

En 1946, nait Rifat le fils ainé. Devant aider son père à subvenir aux besoins familiaux, en 1968, il part en Allemagne en tant qu’émigré économique. Restent alors au pays ses deux jeunes frères Hamzë et Adem. Hamzë, né en 1950, était un homme sage et très curieux de nature. Une fois l’école secondaire achevée, il poursuivit des études dans une Haute École d’Économie et obtenu son diplôme quelques années après. En plus de cela, il avait une passion très forte pour l’art en général. Il aimait passer son temps libre à écrire, dessiner, jouer de différents instruments de musique populaire, chanter et faire du théâtre. Cependant malgré tous ces nombreux talents, comme bon nombres d’Albanais, il était victime de la discrimination à l’embauche et dut se contenter d’un travail d’ouvrier, dans une usine de munition tout près de chez lui, à Skenderaj. En ce qui concerne Adem, il avait un tempérament plutôt calme et discret malgré son allure imposante qui pouvait laisser présumer le contraire. Une fois son école secondaire achevée, il poursuivit des études polytechnique, mais ses intérêts étaient tout autre. Davantage intéressé par l’histoire et la bravoure des héros ayant œuvré pour la cause nationale albanaise, il préférait consacrer son temps au militantisme. Ainsi, il vouait un très grand respect à Ahmet Delia ainsi qu’à Emin Lati, deux héros de la région de Drenica, et souhaitait marcher sur leurs pas.

Mouvements populaires et agitations des années 1980

En février 1974, Tito craint de voir les Albanais se révolter contre la discrimination politique et économique à laquelle ils sont confrontés. En effet, si on se réfère à certains chiffres, le revenu par tête au Kosovo était trois fois moins élever que la moyenne yougoslave. De ce fait, en fin stratège qu’il est, il leur accorde le statut de province autonome au sein de la Serbie et réussit ainsi à les apaiser et à leur faire oublier une quelconque envie d’indépendance ou de rattachement à l’Albanie. Ce subterfuge parvient également à instaurer un climat, que nous pouvons appeler, de paix dans la mesure où les contacts intercommunautaires entre Serbes et Albanais sont quasi inexistants.

Cependant, ce moment d’accalmie ne dure pas éternellement. Le 4 mai 1980, Tito décède d’une thrombose à la jambe gauche et la république, qui était jusqu’à lors dirigée d’une main de fer, commence à s’effondrer petit à petit en faveur du nationalisme des différentes républiques et de l’ambition de certains de leurs présidents. La Serbie souhaite désormais abolir tous les droits que les Albanais ont acquis depuis 1968 et 1974. Craignant de voir ce plan mis à exécution, les Albanais tentent le tout pour le tout en sortant manifester en mars 1981. Toutefois, deux principaux courants politiques se développent. Le premier voulant ériger le Kosovo au rang de République fédérale yougoslave, le second souhaitant quant à lui se rattacher à l’Albanie. Ces dissensions n’aident donc pas à mettre en place une opposition forte et unie.

Quoi qu’il en soit, cette manifestation fait énormément de victimes. Parmi elles, figure le célèbre Tahir Meha. La police interdit à dix membres de la famille Jashari de se rendre à aux obsèques, mais Adem, son père et son frère Hamzë n’en ont que faire de cette interdiction et, une fois devant le corps du défunt, ils lui font la promesse de poursuivre la guerre que celui-ci a entamée. Dans les quatre années qui suivent, la pression sur les Albanais n’a de cesse de s’intensifier et plus de 3’000 militants sont alors condamnés à de lourdes peines de prison, où sont parfois torturés, pour « délit d’opinion » ou « activités séparatistes ». Quelques milliers d’autres Albanais s’enpressent alors de prendre le chemin de l’exil.

Assassinat des frères Gërvalla et de Kadri ZekaCommencent désomais à se former, au Kosovo, en Suisse, en Allemagne, en Belgique et en Turquie, ce qui sera les premiers mouvements populaires pour la libération du pays. Nous pouvons citer, en 1982, le Mouvement pour la République albanaise de Yougoslavie (LRSHJ). Celui-ci est constitué de la fusion de quatre groupuscules (LNÇKVSHJ, OMLK, Balli Kombëtar, PKMLSHJ) dont les deux premiers furent créés par les frères Gërvalla (Jusuf et Bardhosh) et Kadri Zeka. En 1983, se créer le Mouvement national pour la libération du Kosovo (LKCK). En 1985, le LRSHJ se transforme en Mouvement pour la République populaire du Kosovo (LRPK) et, quelques années encore après, en 1993, prend le nom de Mouvement populaire du Kosovo (LPK). Finalement, en 1989, arrive la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK). Durant cette décennie, Adem et Hamzë Jashari prennent activement part à de nombreux rassemblements organisés par ces différents mouvements et contribuent à rallier une partie de la population albanaise contre le pouvoir yougoslave. Toutefois, le premier trimestre de l’année 1989 sonne la fin des revendications et le rejet pacifique laisse place au rejet par la violence.

La genèse de l’UÇK

Slobodan Milosevic, président de la Serbie de l’époque, percevait en la question du Kosovo une formidable opportunité de renforcer son pouvoir, mais surtout sa fortune. Chaque fois que l’occasion lui en était donnée, il en profitait pour présenter les Albanais comme de dangereux envahisseurs mettant en péril les valeurs nationales et religieuses de la Yougoslavie. En réalité, il était totalement indifférent à tout cela. Seul son intérêt personnel l’intéressait. Pour preuve, sa famille et lui s’étaient approprié les anciennes entreprises d’état dans l’énergie, l’agroalimentaire, le tabac, l’alcool, les banques, les chaînes de télévision et l’import export en se nommant directeurs ou administrateurs. En outre, des juges suisses et russes ont également dévoilé des manipulations financières de ces sociétés par Belgrade et le Kremlin.

Jouant de ces prétextes, le 23 mars 1989, Milosevic modifie la constitution serbe afin de réduire l’autonomie de la région, et le 5 juillet 1990, le parlement serbe achève la dernière étape en adoptant la loi sur l’abrogation des activités de l’Assemblée du Kosovo et de son gouvernement. En d’autres termes, le Kosovo perd tout pouvoir exécutif et législatif. Estimant que les Albanais possèdent encore trop de droits, dans la foulée, Milosevic lance, entre 1990 et 1995, une grande campagne de discrimination légalisée en adoptant près de 500 lois, décrets, ordonnances et règlements portant sur l’enseignement, la santé, l’habitation ou la sécurité. Qui plus est, sur 178’000 postes de travail qu’occupaient les Albanais dans l’administration, 120’000 furent supprimés. L’objectif clairement affiché était donc d’exaspérer la population albanophone, ceci dans l’objectif de la pousser à partir et modifier la composition ethnique de la région. De cette époque, date la prédiction de Xhafer Shatri, ministre de l’information du gouvernement kosovar, formé en 1989 par Ibrahim Rugova. «La guerre en Yougoslavie a commencé au Kosovo. Elle se terminera au Kosovo

Les réactions à ces événements ne se font plus attendre par les Albanais et les populations des autres républiques yougoslaves qui, jusqu’à présent, observaient en toute impuissance la volonté de certains de transformer la Yougoslavie en Grande Serbie. Le 25 juillet 1991, la Slovénie et la Croatie déclarent alors leur indépendance. Le Kosovo en fait de même, en septembre, après un référendum pour lequel 87 % de la population avait participé. N’ayant pas le statut de république, le Kosovo ne possèdait aucune armée pour se défendre contre celle de la Serbie et de la Yougoslavie à l’époque dans les mains de Slobodan Milosevic. En 1991, Adem Jashari réunit donc un groupe composé de plusieurs membres de sa famille et de ses amis pour former ce qui deviendra quelques années plus tard l’Armée de Libération du Kosovo.

Signature des Accords de DaytonInconnue du grand public, l’Armée de Libération du Kosovo était, à l’origine, une organisation de taille modeste avec des structures traditionnelles s’établissant autour d’un certain nombre de familles de Drenicë. Le noyau dur du mouvement se composait des Jashari et des Lushtaku issus du village de Prekaz, des Geci et des Gashi du village de Llaushë,  des Ahmeti de Likoshane et d’autres familles proches. Pendant très longtemps, le groupe se contentait d’attaquer de petites bases policières et de faire front à l’armée serbe et yougoslave. Ce n’est qu’à partir de décembre 1995, lorsque les accords de Dayton, ayant mis fin à la guerre de Bosnie-Herzégovine, sont signés que l’armée populaire albanaise prend réellement de l’ampleur. En effet, la communauté internationale oubliant la situation du Kosovo et la déclaration d’indépendance proclamée en septembre 1991, une certaine partie de la population commence alors à douter de l’efficacité de la politique non-violente du président Ibrahim Rugova et s’en détourne en faveur du pragmatisme de l’armée d’Adem Jashari.

En 1996 ensuite, l’armée de libération du Kosovo décide de s’afficher aux yeux de tous en revendiquant ses actes. Aidé de Rifat, le frère ainé d’Adem, et des militants du LPK, le mouvement se fait connaître auprès de la diaspora albanaise de Suisse, d’Allemagne et plus tard de celle des autres pays européens. Une double direction siégeant à Prishtina et en Suisse se met rapidement en place afin d’organiser le soutien politique et financier à l’Armée de Libération du Kosovo. De plus, les combattants de Drenicë se voient très rapidement prêter main forte au niveau militaire par des hommes venant de Deçan, Malishevë, Gjakovë, Pejë ou Podujevë. Accompagnés d’Adem Jashari, ces derniers se rendent à plusieurs reprises en Albanie, plus précisément à Mirditë puis à Tropojë, dans le but se préparer aux futurs combats qu’ils doivent mener. Ainsi, plusieurs groupes armés se forment, dans toute la plaine de Dukagjin, et continuent d’attaquer la Serbie dans la moelle épinière que constitue son appareil répressif. Petit à petit, l’armée de libération du Kosovo, à elle seule, parvient à prendre le contrôle de plus de 30 % du territoire du Kosovo.

Lire la suite

  1. Erdona Gjocaj Répondre
    Bonjour, Je suis à la recherche d'une personne qui pourrait répondre à mon interview que je vais utiliser pour mon projet de fin d'année scolaire qui se porte sur Adem Jashari. Pourriez-vous me re contacter sur mon adresse email en espérant que cela ne vous dérange pas. En l'attente d'une réponse, je vous souhaite une agréable journée.

Leave a Reply

*

captcha *