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 Ismail Qemali

Né le 16 janvier 1844, à Vlorë, Ismail Qemali est sans nul doute l’un des personnages les plus connus et les plus importants de l’histoire albanaise. Pour cause, il est l’un des grands architectes de l’indépendance de l’Albanie et le premier Président du Gouvernement en tant qu’état moderne.

Dans cet article, nous allons donc tenter d’en apprendre davantage sur l’homme qu’il a été et les différentes périodes de sa vie, mais également sur ses engagements politiques aussi bien pour les Albanais que pour les nombreux peuples sous occupation ottomane.

Etudes et parcours professionnel

Provenant d’une riche famille, Ismail Qemali a bénéficié d’une éducation privilégiée depuis sa plus tendre enfance. Après avoir fini l’école primaire à Vlorë, en 1855, son père l’envoya au collège Zosimea à Janinë qui était parmi les écoles secondaires les plus réputées de l’Empire ottoman et un centre de diffusion du savoir de l’Europe des Lumières. Au sein de cet établissement, Ismail Qemali y a notamment appris le grec ancien, le latin et le français. Il se démarqua même en tant qu’élève très brillant en mathématique. De plus, voulant lui donner toutes les chances d’intégrer un jour l’administration ottomane, son père lui offrit les services de professeurs privés qui lui prodiguèrent l’enseignement de l’arabe et du persan.

En 1860, à l’âge de seize ans, il est engagé par le ministère des affaires étrangères de l’Empire ottoman en tant que traducteur. Il n’interrompt cependant pas ses études et se perfectionne, en parallèle, dans la jurisprudence. Dès lors, en un peu moins de vingt ans, Ismail Qemali entame une ascension fulgurante au sein de l’administration. En 1862, il devient directeur adjoint des affaires politiques du vilayet de Janinë. En 1868, il est nommé premier secrétaire du ministère des affaires étrangères. En 1870, il accède au titre de gouverneur de Varna et du bas-Danube. En 1876 finalement, après que son ami Mit’hat Pasha monte au pouvoir en tant que premier ministre, Ismail Qemali participe à la commission nationale pour la rédaction de la Constitution turque.

Cependant, cette dernière est abrogée en 1877, par le Sultan Abdyl Hamiti II, et le jeune Ismail est envoyé en internement à Kütahya pour une durée de sept ans. Une fois libre, il reprend le travail et est nommé, à tour de rôle, gouverneur de Bolu en 1844, de Beiruth en 1890, de Gelibolu (Gallipoli) en 1891, et de Tripoli en 1897. C’est également durant cette décennie, qu’il est désigné membre du Conseil national.

Engagements pour la liberté

Lorsqu’il retourne à Istanbul en 1866, Ismail Qemali occupe des fonctions importantes et en profite pour apporter son soutien au mouvement de libération albanaise, mais aussi pour alléger le sort difficile des nombreux peuples sous l’oppression de l’Empire. Il s’attache dès lors à combattre le racisme en soutenant la diffusion de la culture et des connaissances scientifiques. Cela lui vaut de se distinguer très rapidement comme une personnalité avec une vision libérale de la société. Parallèlement à cela, il se rallie secrètement au Mouvement Patriotique Albanais (Lëvizja Patriotike Shqiptare) et ses premiers engagements consistent à essayer d’établir un alphabet commun de la langue albanaise et de former une société culturelle.

Conjointement à ses activités extra-professionnelles, il mène son combat pour la liberté des peuples aussi à l’intérieur de l’administration. De ce fait, suite à la demande du Sultan Abdyl Hamiti, en 1897, d’enquêter sur la situation internationale de l’Empire, Imail Qemali lui dépeint un tableau sombre et lui propose d’y remédier en menant plusieurs réformes radicales visant à éliminer la corruption et les manques au droit de l’homme. Ismail Qemali souhaitait également modifier la Constitution afin de remplacer le régime totalitaire en monarchie constitutionnelle parlementaire ressemblant à celles de certains pays européens. Cela aurait eu pour conséquence de donner une plus grande autonomie aux peuples colonisés et leur ouvrir indirectement les portes de l’indépendance.

Naturellement, Abdyl Hamiti comprend que ces réformes ne seraient pas à son avantage et les refuse. Ismail Qemali se voit donc démettre de ses fonctions et s’enfuit de l’Empire ottoman le 28 avril 1900. Il passe par Athènes, Naples, Rome, Lausanne, Paris et Bruxelles avant de s’arrêter à Londres. Sa fuite fait grande impression auprès des pays européens et il est invité par un grand nombre de leurs dirigeants pour discuter de la situation albanaise. Le Sultan tente de le faire rentrer en lui promettant des postes à responsabilités, mais n’y parvient pas. Dès lors, Ismail Qemali se consacre entièrement à l’activité politique en faveur de la cause nationale et fait la connaissance de plusieurs leaders du mouvement dont Faik Konica, qui était à ce moment là, à la tête du journal « Albania ». Peu de temps après, il créer le sien sous le nom « Le salut d’Albanie » (Shpëtimi i Shqipërisë) où il publie son programme politique. Il saisit aussi l’occasion de le présenter à travers les journaux italiens, français, belges et anglais. L’objectif est par conséquent d’obtenir une reconnaissance internationale de la nation albanaise réunifiant Shkodër, Kosovë, Manastirë et Janinë. De la sorte, nous pouvons lire dans les interviews qu’il accordait « Nous souhaitons uniquement l’unité de la nation albanaise, son avancement intellectuel et économique afin qu’elle devienne suffisamment forte pour nous défendre de ceux qui désireront nous séparer. »

Après un long séjour dans les pays étrangers, Ismail Qemali retourne en Albanie en 1908. Il y met sur place, avec Luigj Gurakuqi et d’autres patriotes, la résistance contre les pays de l’Alliance balkanique (Monténégro, Serbie et Grèce) désirant dissoudre l’Albanie. De ce fait, Ismail Qemali et ses hommes accélèrent l’activité diplomatique et vont rejoindre la communauté albanaise de Bucarest qui était parmi les mieux organisées. Sur place, l’indépendance de l’Albanie était une évidence. Elle demeurait la seule alternative. Un drapeau ainsi qu’un hymne étaient déjà prêts. Le sept novembre, tous ces hommes se réunissent et forment une délégation pour se rendre à Budapest, en Autriche-Hongrie. Une fois là-bas, Ismail Qemali rencontre l’ancien premier secrétaire du pays, le Comte Janos Hadik et le ministre des affaires étrangères Graf Berthold. En d’autres termes, il est face à deux des diplomates les plus importants de l’Europe de l’époque. Ces derniers lui promettent de soutenir l’indépendance albanaise car il est vrai qu’ils ne verraient pas d’un très bon œil une éventuelle expansion du Monténégro et de la Serbie vers le sud des Balkans. A cela, s’ajoute également la promesse d’avoir l’Allemagne et l’Italie de leur côté.

Proclamation de l’indépendance

Satisfait de ce résultat, Ismail Qemali prévient ses compagnons et les charge de préparer la proclamation d’indépendance. Peu de personnes le savent, mais au départ elle devait se dérouler le 22 novembre à Durrës. Néanmoins, la première guerre balkanique faisant rage, du Kosovo jusqu’au centre de l’Albanie, la décision fut prise de repousser la date au 28 novembre et de célébrer la levée du drapeau à Vlorë. Des dizaines de délégations provenant des quatre coins de l’Albanie ethnique se mettent alors en route. Il faut toutefois noter que celles de la Çamëri et de la Labëri ne s’y sont pas rendues. Ces dernières auraient accusé Ismail Qemali d’avoir conclu un accord avec le roi George I de Grèce où il aurait été mentionné que le sud du pays lui serait cédé.

Dernières années de vie

Après avoir été nommé Président du gouvernement le 29 novembre 1912, Ismail Qemali exerce tant bien que mal son pouvoir sur l’Albanie. Il doit gérer une situation politique intérieure et extérieure plus que difficile. En raison des guerres balkaniques, une grande partie du territoire est occupée par les voisins, mais il arrive tout de même à mener une série de mesures dans le domaine de l’économie, le droit et la culture visant à atteindre un développement démocratique de l’État. Quoi qu’il en soit, la pression et les complots n’ont de cesse de s’intensifier et, le 22 janvier 1914, il n’a plus d’autre choix que de donner sa démission et c’est une commission internationale qui prend la direction du pays. Par conséquent, l’homme qui avait été le sauveur de l’Albanie quelques mois auparavant, doit à présent s’enfuir en direction de Nice avant de déposer définitivement ses affaires en Italie. En revanche, il continue à mener combat pour sortir l’Albanie de l’invasion étrangère et c’est au coté de la diaspora qu’il s’engage. De ce fait, il est nommé délégué du Parti National Politique des Albanais des Etats-Unis d’Amérique à la conférence de paix de Paris en 1919 et 1920. Lors d’une déclaration, il disait « La paix dans les Balkans ne pourra pas se réaliser en sacrifiant les droits de certains peuples dans l’intérêt des intentions expansionnistes des autres. Tant que le Kosovo et la Çamëri ne feront pas partie de l’Albanie, il n’y aura ainsi pas de paix qui pourra se faire dans la région des Balkans. » Le 24 janvier 1919, il décède, à Perugia, d’une soudaine crise cardiaque lors d’un dîner. Certains prétendraient toutefois, qu’il s’agirait plutôt d’un empoisonnement.

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