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Diaspora albanaise
A l’heure ou le monde se referme sur lui-même, ou chaque pays se barricade derrière ses frontières et où l’on va même jusqu’à séparer des peuples par des murs, bien que l’Histoire nous ait appris que ce n’est de loin pas une solution, nous devons nous arrêter un instant sur notre situation afin d’en mesurer la complexité et d’y trouver une solution adéquate.

Chaque rempart finit tôt ou tard par céder, à l’image de Troie. Partant de ce principe, l’Homme doit être en mesure d’éviter même qu’ils ne se construisent.

L’obstacle, le mur, la barricade, etc.… appelons cela comme on veut, c’est tout l’aspect immoral ou inhumain qu’il représente qui le rend aussi détestable. D’autant plus ci ce dernier n’est pas visible.

En effet, il n’est point nécessaire que cette « barrière » soit matérielle pour que son effet soit néfaste. L’immigration, qu’elle soit voulue ou non, traîne avec elle son bagage d’histoires, de douleurs et de vécu. Ainsi, l’adaptation dans le pays d’accueil n’est pas toujours évident, se dressent alors des remparts entre  accueillant et accueillit.

En Suisse, où se trouve une forte minorité d’immigrés Albanais (du Kosovo), la situation devient de plus en plus tendue et c’est pour cette raison que nous allons tenter de décrypter et d’analyser les causes et conséquences de ce malaise inter-communautaire.

Immigration albanaise

Il y a deux principales raisons à l’immigration des Albanais du Kosovo.

  • La première est d’ordre économique.

A partir des années 70, la situation économique se dégrade au Kosovo. La Suisse, manquant de main d’œuvre, accueille ainsi les premières vagues d’immigrés albanais.

«Jétais venu pour deux ou trois ans. », témoigne Aziz. Arrivé en Helvétie en 1985, il n’est plus reparti.

«Après avoir terminé mon service militaire, je ne trouvais pas de travail au Kosovo. Jai donc décidé daller à létranger. »

Cinq ans plus tard, le Kosovo connaît de grands troubles, le retour est inconcevable.

«Cétait de pire en pire et par conséquent je suis resté. », poursuit-il.

Comme lui, ils seront des dizaines de milliers à chercher une meilleure situation économique en Europe.

Mais tout sombre en 1999, quand les Balkans connaissent leur énième conflit armé.

«Cela a tout gâché, tous mes projets de retour au pays partaient en fumée en même temps que ma maison, brûlée par les paramilitaires serbes. Mais par chance, jai pu faire venir ma femme et mes enfants à temps, évitant ainsi le pire. », conclu-t-il.

  • La deuxième raison se trouve dans les paroles d’Aziz, «la guerre».

En 1998, des heurts éclatent au Kosovo entre les forces serbes et l’Armée de Libération du Kosovo (UCK). Mais dès 1990 déjà, sous fond de crise politique, certains immigrés, par sécurité, commencent à faire venir en Suisse leur femme et leurs enfants. Le concept de regroupement familial était jusqu’alors très méconnu de la diaspora albanaise. En effet, la majorité n’étaient là seulement en tant que saisonniers et envisageaient pour la plus part de retourner dans leur pays d’origine. La guerre changea la donne, les Albanais de Suisse commencèrent alors à utiliser une possibilité que leur offrait leur statut, le regroupement familial.

Structures d’intégrations inexistantes

Avec la guerre au Kosovo, les Albanais de Suisse sont confrontés à une situation des plus inattendues. Eux, qui jusqu’alors ne travaillaient que dans la perspective d’investir l’argent gagné, dans leur pays d’origine, et d’y retourner le plus vite possible se retrouvent soudainement «bloqués» dans un pays qu’ils ne connaissent que très peu, ou voir pas du tout.

S’ajoute à cela le fait que la majorité des immigrés sont désormais accompagnés de leur femme et enfants, ce qui complique une intégration déjà délicate.

Mais ce manque d’intégration n’a pas pour seul responsable les étrangers eux-mêmes. Le gouvernement fédéral a aussi sa part de responsabilité. En effet, tout comme les travailleurs saisonniers, il a joué ce jeu d’ignorance, estimant que l’investissement dans l’intégration de cette minorité n’était pas nécessaire au vu de leur présence temporaire dans le pays.

Ne maîtrisant pas la langue, connaissant mal les lois et ne possédant la majeur partie du temps aucune formation, ces saisonniers sont soudainement livrés à eux-mêmes, au pied du mur. La diaspora elle-même n’est pas du tout organisée. Des associations albanaises sont crées, mais elles stagnent au niveau local ou régional, sans communiquer entre elles. Ce qui n’aide pas à une structuration au niveau national et dont la conséquence directe est une difficulté globale à l’intégration.

Racisme et communautarisme

Arrivés à l’époque où le Kosovo faisait partie de la Yougoslavie, ils seront rapidement désignés comme «yougos», terme devenu au fil du temps péjoratif. La première génération en a le plus souffert. En effet, ce fut à elle d’assimiler, en premier, le système scolaire ainsi que les formations, la plus part du temps dans le domaine de la construction. Et comme les Italiens, Espagnols et Portugais avant eux, la diaspora albanaise devra faire face à une partie de la population suisse qui ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée d’étrangers sur leur terre. Face à la montée en puissance de la xénophobie, la jeunesse albanaise offre l’une des plus mauvaises réponses qui puisse être donnée dans ce genre de situation, le communautarisme. Elle se renferme sur elle-même, se retranchant face aux autres communautés. On assiste dès lors à une véritable « dés-intégration ».

La stigmatisation des jeunes albanais s’empare aussi des médias. Au moindre fait divers, bien plus que l’information même, c’est avant tout la nationalité de « l’auteur » (la personne concernée dans l’article) qui est transmise au lecteur. Cela atteint un seuil critique lorsque des Suisses commettent des infractions car c’est à ce moment que les grands médias se font un plaisir de rappeler qu’il s’agit d’un Suisse, oui… mais d’origine étrangère.


A croire qu
on ne peut être Suisse quen étant descendant de Guillaume Tell ?!

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On ne peut pas cautionner ce comportement mais on peut essayer de le comprendre. Il est bien évident qu’une partie des craintes de la population Suisse est fondée face aux agissements d’une minorité d’étrangers… mais cela reste une minorité et elle doit être traitée comme telle !

Bien sur, ce sera sans compter sur la politique et plus particulièrement sur un parti qui fait de la croisade contre les étrangers son créneau politique.

Au jour d’aujourd’hui, les Albanais en Suisse sont au nombre de 350’000 (OFS) soit plus de 4 % de la population helvétique. Ce qu’ont réussit les partis d’extrême droite (tel que l’UDC), à coups de campagnes incessantes à caractère xénophobes, de désinformation et de généralisation à tout va, c’est  de semer le trouble et d’introniser la crainte dans la population locale. On se trouve avec la majorité des 350’000 albanais qui se voient assimilés à la minorité turbulente. Tout cela fait peur aux Suisses… et ca se voit!

Selon une étude du Forum suisse sur l’étude des migrations (Le passeport ou le diplôme?), à compétences égales, en Suisse alémanique, les jeunes albanophones ont moins d’une chance sur deux d’avancer aussi loin dans une procédure d’embauche que les candidats autochtones. En Suisse romande, cette proportion est de trois chances sur quatre (…) Telles sont, en substance, les conclusions d’une enquête menée, entre 2002 et 2003 (…). Cette étude a pour but de montrer qu’il existe en Suisse une discrimination massive à l’égard des jeunes issus des migrations extracommunautaires qui ont suivi toute leur scolarité en Suisse.

Autre que la discrimination à l’embauche, cette étude traite aussi de l’opinion du peuple Suisse à l’égard des étrangers, comme présenté sur le tableau ci-dessous.

Opinions à l'égard des étrangers en Suisse (en %)
(Dans « Albanie » sont compris les Albanais du Kosovo, dAlbanie et de Macédoine)

 

La chose est d’autant plus difficile si on en a été la victime.

Cherchant un emploi afin d’arrondir les fins de mois, je contacte une entreprise de sécurité réputée en Suisse romande. Suite à cela, je suis contacté par le Responsable des Ressources Humaines de l’entreprise pour un rendez-vous au siège de la boite dans le canton de Fribourg. Après avoir dûment complété un formulaire, dont je remplissais toutes les conditions; Casier Judiciaire vide, Taille, Poids, Connaissances en sport de combat, etc.

Je me trouve devant le RRH pour une discussion portant sur le métier. Pensant avoir mis toutes les chances de mon coté, je tombe vite des nues devant cette personne qui m’explique qu’en tant que Responsables des Ressources Humaines, il est chargé d’engager du personnel mais qu’il a l’incapacité de le faire quand il s’agit de candidats albanais (!). En effet, après avoir rencontré multitude de problèmes avec des personnes de cette origine, il est obligé de consulter le directeur général pour valider son préavis (qui était positif).

J’attends alors deux semaines, mais rien ne me parviens. Je contacte ensuite le RRH, mais très gêné et n’arrivant pas à m’expliquer les raisons de ce manque de réponse, il me conseille de m’adresser au directeur. Dès lors, j’envoi un mail à ce dernier, puis un courrier qui resteront lettres mortes.
Je me suis donc rendu compte de par moi-même que cela arrive et plus souvent qu’on le croit.

Je n’en veux pas à cette entreprise de discriminer à l’embauche c’est pour cette raison que leur nom ne sera pas dévoilé, je trouve juste regrettable d’en arriver à des critères basés sur la race et non sur la compétence.

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Certains dirons que le texte perd toute objectivité du fait que je témoigne d’un fait vécu, je leurs réponds d’avance que c’est uniquement pour témoigner que l’injustice peut frapper n’importe qui, peut importe la situation sociale, l’emploi, etc. etc.… Ceci sans vouloir tomber dans la victimisation, que se soit clair.

Par ailleurs, je vous rappelle chers lecteur que même étranger, on a des droits. En cas de nécessité, il faut les appliquer au même titre que tout le monde, comme en atteste l’article 261bis du Code Pénal suisse traitant de la Discrimination raciale :

Celui qui, publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse;

(…)

Celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance ethnique ou de leur religion ou qui, pour la même raison, niera, minimisera grossièrement ou cherchera à justifier un génocide ou d’autres crimes contre l’humanité;

Celui qui aura refusé à une personne ou à un groupe de personnes, en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, une prestation destinée à l’usage public, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.


Crise identitaire

Que faire ? Tel est la question que se posent les jeunes Albanais de Suisse. Pour la majorité qui est très bien intégrée, ils sont discriminés et on ne leurs donne pas l’occasion de prouver ce qu’ils valent.

Comme si cela ne suffisait pas, un nouveau phénomène fait son apparition depuis quelques années. Dans leurs pays d’origine, une sorte de «discrimination interne» est entrain de se mettre en place.

Une grande partie de la diaspora albanaise retourne chaque année au Kosovo pour les vacances d’été principalement. Arrivant avec des « voitures allemandes », pour ceux qui font le millier de kilomètres par les routes, ils se démarquent d’entrée avec la population du pays, dont l’économie ne permettrait pas de tels achats. Cette différence financière fera émerger un terme n’appartenant pas à la langue albanaise : « AUSLÄNDER », traduisez « étranger » en Allemand.

Ce n’est en aucun cas une discrimination raciale, elle est d’ordre économique. Mais les conséquences peuvent être tout autant néfastes car il n’est point évident d’être un jeune albanais d’Europe, traité « d’étranger » dans le pays d’accueil, qui ne peut se tourner vers son pays d’origine parce que « ausländer ».

Avec la deuxième et la troisième génération, qui sont nés en Suisse et qui maitrisent mieux la langue française qu’albanaise, la situation est d’autant plus difficile à vivre car ces jeunes subissent une histoire dont ils ne connaissent pas l’origine. Tout cela fait qu’ils sont confus dans leur psychisme, ce qui se traduit souvent par des troubles comportementaux, violences et autre voie de fait.

Je ne cautionne bien évidemment pas ces actes, mais en comprendre la cause permet d’avoir un autre point de vue sur les jeunes étrangers d’origine albanaise en Suisse. Mais si cette même jeunesse connaissait les raisons de sa présence sur le territoire Helvète, son comportement serait peut être différent.

Il appartient donc à toutes les associations albanaises, ainsi qu’aux parents mais aussi au gouvernement Fédéral de prendre ces jeunes par la main afin de leurs montrer le chemin à suivre, sans oublier d’indiquer celui de par lequel ils sont arrivés jusqu’ici.

L’espoir en conclusion

Arrivé à ce stade, je me demandais comment conclure un tel article. Sur quelle note terminer ce texte? Puis je me suis souvenu soudainement de cette phrase « L’espoir, on y a droit à cela ».

L’espoir, non pas parce que la situation est catastrophique et qu’il nous reste plus que l’espoir, mais parce que l’espoir pourrais être le prénom de tout jeune albanais en suisse. La richesse qu’elle apporte est le témoin d’une intégration et cohabitation tout à fait possible.

La dernière en date est la victoire des jeunes footballeurs des M17 (moins de 17 ans) qui a gagné la coupe du monde.

Dans «Le Matin», Nicolas Jacquier jubile dans son éditorial: «Les champions du monde de football 2009 ne sont ni Brésiliens, ni Italiens, ni Allemands, ni Argentins… Ils sont Suisses. Non, vous ne rêvez pas…». Le journaliste ajoute que «Ce triomphe d’une Suisse multiculturelle constitue l’une des plus belles pages de l’histoire du sport. Aux aînés de l’équipe A de s’inspirer des prouesses de ces juniors pour briller à leur tour en juin 2010 en Afrique du Sud».

« Suisse multiculturelle », en effet 13 joueurs sur 21 sont binationaux dont trois d’origine albanaise.

 

A travers leur parcourt, le cœur battant, la suisse entière s’est félicitée de leur victoire, oubliant durant quelques instants origine, couleur et religion.

Que se soit par le sport ou par la profession, on assiste à un véritable renouveau ou les étrangers font part de leurs capacités. Au jour d’aujourd’hui, ils sont architectes, ingénieurs en génie civil, charpentiers, mécaniciens…

Cette Suisse multiculturelle doit être mise en avant car mieux que de force, on devrait cohabiter de gré ensemble. Profiter de la chance que nous donne ce pays afin d’être un exemple pour démontrer au monde entier que le multiculturalisme est une richesse et non un fardeau…

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