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Visar Qusaj

Nous vous connaissons en tant que président de l’ACANE et comme étant à l’initiative de la pétition pour la reconduction de la convention de sécurité sociale entre la Suisse et le Kosovo, toutefois, pouvez-vous nous en dire davantage sur vous ?

A Nyon, nous avons une histoire riche comme toute la communauté en Suisse d’ailleurs, certains y vivent depuis une trentaine d’années. La richesse des tissus associatifs, dans cette ville, est importante. Les Albanais en font partie depuis une vingtaine d’année. Les membres de cette association et le comité sont très motivés et très actifs pour préserver nos valeurs sociolinguistiques et poursuivre nos efforts d’intégration.

La création de l’ACANE est encore toute récente, pourtant vous vous lancez immédiatement dans un projet de grande ampleur, quels sont les objectifs de l’association ?

En effet, l’ACANE existe depuis peu, mais elle s’est construite sur les fondations de l’ancienne association des Kosovares de Nyon. Cette dernière existait depuis les années 90 et a été le relais indispensable entre les autres communautés et nous. Nous avons organisé de nouvelles élections le 24 mars et avons procédé à la modification des statuts pour représenter tous les Albanais des Balkans et pas seulement ceux du Kosovo.

Les buts de cette association sont multiples ; Permettre des divertissements et activités culturelles tels que folklore, échec, sport, bibliothèque, cours de langues. Informer et communiquer à l’opinion publique les dimensions historiques, culturelles et sociales albanaises. Favoriser le dialogue avec d’autres cultures et créer des lieux, plateformes, pour favoriser la rencontre. Pour résumer, le but est de préserver nos valeurs culturelles, sociales et linguistiques tout en doublant l’effort de l’intégration.

La différence fondamentale avec l’ancienne association, réside dans le fait qu’elle est apolitique et représente toute la communauté albanaise à Nyon et ses environs.

Vous le dites vous-même, les Kosovars vivant et travaillant ici resteront pour la plupart en Suisse pour profiter de leur retraite car ils se sont habitués à la vie et à la culture du pays, alors pourquoi le maintien de cette convention a autant d’importance ?

La sécurité sociale est un long combat de tous les peuples européens. C’est un droit qui a été acquis grâce aux efforts et aux souffrances colossaux des siècles passés. Notre communauté a contribué, aussi bien au Kosovo qu’en Suisse, à ce principe de solidarité entre les générations.

De ce fait, le maintien de la convention avec le Kosovo est très important car c’est un droit ! Un droit acquis par le travail !

Nous défendons, également le choix de chaque personne à vivre selon ses désirs et ses souhaits, dans n’importe quel pays d’Europe tout en ayant accès à ce qu’il a construit pour être bien.

D’après vous, pourquoi la Suisse, qui pourtant a contribué à l’indépendance du Kosovo et à sa stabilité, pointe maintenant sa population en lui retirant des rentes pour lesquelles elle a cotisé et continuera à cotiser durant de nombreuses années ?

La Suisse a joué et joue un rôle important dans les Balkans en générale et en particulier au Kosovo. Elle œuvre tous les jours pour la stabilité de ce pays et pour le rendre encore plus fonctionnel. Le Kosovo a besoin de la Suisse.

Quant à la décision de la dénonciation de la convention, ce n’est pas clair. Ils mettent en évidence la difficulté de l’application de cette dernière. Or, ces rentes sont distribuées depuis des années déjà et ça ne pose pas de problème.

Nous ne comprenons pas cette décision, la communauté se sent délaissée et discriminée par cette décision. Avant de dénoncer cette convention, n’aurait-il pas fallu chercher d’autres solutions avec le gouvernement kosovar ?

Dans notre association, nous nous posons une autre question. Pourquoi la distribution des rentes est possible pour les droits acquis ? Si c’est possible pour eux, pourquoi ne serait-il pas possible pour les nouveaux ?

Justement, Mr. Harald Sohns, porte parole de l’OFAS, a déclaré que ces rentes auraient déjà dû être supprimées depuis l’indépendance du Kosovo et que les ressortissants de ce pays qui sont retournés y vivre en bénéficiaient par privilège. Que pensez-vous de cette déclaration ?

On ne peut pas parler de privilège quand il s’agit d’un droit. Un droit est un droit, ce n’est pas de la charité.

Parlons maintenant du gouvernement kosovar. Il n’a manifesté aucune opposition à cette initiative. Avez-vous l’impression qu’il abandonne ses ressortissants et ne se préoccupe pas de leurs droits ?

Le gouvernement du Kosovo semble absent pour le moment. Nous aurions voulu, bien évidemment, une réaction de sa part. Nous espérons que ce dernier puisse débuter, avec le Conseil fédéral, des négociations pour maintenir cette convention. Nous attendons des efforts de la part des deux gouvernements.

Concrètement, quel est votre objectif avec cette pétition ? Pensez-vous qu’il y a réellement une chance que la convention soit reconduite ?

Le but de cette pétition est de demander au Conseil fédéral de reconduire cette convention. Nous espérons être entendus par lui, mais également par le gouvernement du Kosovo pour, qu’en définitive, nos droits soient maintenus.

Pour finir, il y a encore dix ans, quinze ans, le but des différentes associations albanaises de Suisse et d’ailleurs étaient de contribuer à la politique du Kosovo et de la soutenir. Aujourd’hui, quels sont d’après vous les projets qu’elles doivent soutenir ?

Nous croyons qu’il est temps de s’occuper de nous, de notre communauté en Suisse. Notre avenir est ici. Nous sommes des Albanais de Suisse.

Le but de notre association est de contribuer à une meilleure intégration, à une organisation, ni meilleure, ni moins bien que celle de nos aïeux, mais différente. Une organisation qui permette de s’appuyer sur l’expérience, d’accompagner au mieux nos besoins actuels et de renforcer nos efforts vers un meilleur avenir en Suisse. D’œuvrer, également, à une meilleur collaboration avec les autorités du pays et avec les autres communautés, ceci permettrait sans doute d’accroitre le bien être et d’augmenter l’appartenance aussi bien à notre pays d’origine qu’à notre pays d’accueil.

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