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Vérité ou mythologie 
Kosovo, berceau de la Serbie ?
Vérité historique ou propagande idéologique nationaliste ?

« Le Kosovo, berceau de la Serbie » utilisé par les opposants à l’indépendance du Kosovo n’est qu’un mythe créé de toutes pièces par les nationalistes serbes à la fin du XIXe siècle. En effet, ce n’est rien plus qu’une légende s’étant forgée lorsque les Serbes voulurent se constituer en Etat-nation, se détachant ainsi de l’Empire ottoman. Ce mythe, outil politique, a apporté une légitimation morale à l’entreprise. Il a permis de diaboliser l’ennemi musulman et de regrouper les peuples slaves sous la direction de la Serbie. De ce fait, une politique d’expansion a été justifiée.

Alors réalité ou illusion ?

Ce mythe se base sur trois grandes lignes. La première sur la formation de la nation serbe au Kosovo, la seconde sur la bataille de 1389 et la troisième sur l’existence des diverses églises orthodoxes au Kosovo.

Démarrons alors par la première ligne. Selon ce mythe, la nation serbe aurait été formée au Kosovo. C’est sur cette terre que leur peuple aurait vu le jour. C’est pourquoi il faut ainsi entamer l’explication aux origines des Slaves. Ces derniers provenant des steppes russes, avancent aux alentours du Ier et IIème siècle vers l’Ouest où ils sont repoussés par les Germains sur l’Elbe et par conséquent contraints à camper au nord du Danube et des Carpates . C’est à ce moment-là qu’apparaissent initialement certaines tribus comme « les Serboï » (ancêtre proches des Serbes). Ils traversent ensuite, vers 580, le Danube par vagues successives et finissent par se fixer dans ces vallées et celle de la Sava, c’est-à-dire dans des territoires se situant aujourd’hui entre la Voïvodine, la Croatie et la Slovénie. Les Serbes commencèrent alors à se déplacer vers le Kosovo uniquement du VIIème au XIIIème siècle. Cependant, il faut signaler que cette terre kosovare était déjà occupée depuis près de trois millénaires par les Albanais d’origine thraco-illyrienne. On peut ainsi discerner que le peuple serbe ne s’est pas formé au Kosovo mais quelques siècles auparavant dans les environs de la Sava.

Par la suite, leur deuxième argument est que la nation serbe a été défaite par l’Empire ottoman, en 1389, lorsqu’elle a combattu seule contre l’ennemi et où leur prince Lazare a été tué par Bajazet (ou Bavézid) le fils du défunt sultan, Murad Ier. La réalité est cependant toute autre. Il est tout d’abord faux de dire que les Serbes ont combattus seuls face aux Ottomans. A côté d’eux, ont également combattu des Albanais, des Bulgares, des Hongrois et des Valaques. Ensuite, à cette époque, il n’y avait pas encore de véritable identité serbe, ni de nation serbe au sens moderne. De plus, la « Serbie » médiévale n’a pas été vaincue en 1389 mais plutôt en 1459. Effectivement, lors de la défaite de 1389, les Serbes migrèrent partiellement vers le Nord, la Voïvodine, installèrent une nouvelle capitale à Smederevo et continuèrent la résistance jusqu’en 1459, date à laquelle ils furent définitivement battus. Par ailleurs, la défaite de 1389 n’a jamais été épique pour les Serbes puisqu’elle était, en partie, due à la traitrise, ou manque de courage, du prince Vuk Brankovic, qui abandonna la bataille avec quelques milliers de ses hommes. Celui-ci s’alliera d’ailleurs aux Ottomans quelques années plus tard lors de la bataille de Nikopolis en 1396, où fera également partie de la coalition Stefan Lazarevic le fils du défunt prince Lazare érigé au rang de Saint. Finalement, comme il a été précédemment signalé, à côté des Serbes ont également combattu d’autres peuples et ceci bien après la bataille de Fushë Kosovë encore. Effectivement, de 1443 à 1468, Gjergj Kastrioti (Skanderbeg), héros albanais, a réussi à repousser les Ottomans des Balkans et de leur quête vers l’Europe.

Finissons maintenant avec le dernier fondement du mythe qui se base sur les diverses églises orthodoxes du Kosovo. Au IXème siècle, Cyrille et Méthode , deux frères originaires de Grèce, ont entrepris d’évangéliser les Slaves en créant un Evangile traduit en cyrillique. Les Serbes, qui jusqu’à ce moment-là n’avaient aucune religion se sont alors convertis en masse à l’orthodoxie et ont par la suite érigé plusieurs églises. C’est pourquoi ils considèrent cette terre comme le pays de leurs ancêtres et « le berceau de leur civilisation ». Toutefois, cet argument n’est pas valable car c’est oublier les églises catholiques albanaises ayant été construites bien avant, c’est-à-dire depuis le Ier et IIème siècle lorsque les Albanais sont devenus chrétiens. De plus, les églises orthodoxes de cette époque n’étaient pas bâties uniquement sur des terres leur appartenant mais également sur des terres où ils n’étaient que de simples migrants. De ce fait, le raisonnement serbe revient à dire que ces terres sont les leurs car des églises orthodoxes y ont été bâties. C’est exactement le même raisonnement que si des Musulmans ou des Juifs commençaient à revendiquer toutes les terres où des mosquées et des synagogues sont présentes.

En définitive, « le Kosovo, berceau de la Serbie » n’est qu’un mythe construit par les nationalistes slaves à la fin du XIXème siècle. Les éléments historiques et les inventions grossières sont souvent mélangés de sorte que les gens n’arrivent plus à discerner mensonges et réalités. C’est d’ailleurs de cette manière que sont le plus souvent créées les plus grandes supercheries.

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