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rome-antique-carte-illyriePrésenter l’Illyrie et les Illyriens n’est pas un travail évident en raison du manque de documents antiques sur le sujet, mais aussi du long silence qui règne entre les dates des différentes sources obtenues soit par les armées étrangères ayant combattu les Illyriens ou soit par celles ayant engagé de nombreuses guerres sur leurs territoires à une période où l’Illyrie et les Illyriens étaient parties prenantes des événements politiques de l’époque.

Etendue géographique

Grâce au récit de Thucydide sur la guerre du Péloponnèse (I, 24 – 55), nous parvenons néanmoins à découvrir un certain nombre d’informations sur les Illyriens lors de ces batailles, mais aussi sur leur rôle dans les changements politiques d’Epidamne-Dyrrachion (Durrës) et sur la cité en elle-même. Nous savons alors que Dyrrachion (Dyrrachium) a été fondée par les colons de Corcyra (Corfou) et de Corinthe venus s’installer sur les terres des tribus illyriennes des Taulantiens (Taulant). Polybe ensuite, décrit dans un de ses livres (II, 8 – 12) la période hellénistique et romaine dans laquelle il évoque les guerres illyro-romaines, qui avaient pour prétexte la piraterie illyrienne au bord de la Mer adriatique. Un aperçu de l’étendue géographique de ce peuple, donné par Hérodote, au Vème siècle avant J.-C., situe les différentes tribus, dans un espace très large, depuis le nord de la Mer adriatique jusqu’aux frontières du Sud de l’Epire et les nomme Illyrioi. Dans le Périple du pseudo-Scylax ou dans les œuvres d’Appien, de pseudo-Skymnos et d’Eratosthène, c’est l’ensemble de la région de l’est de la côte adriatique depuis les fleuves de la Sava et du Danube au Nord jusqu’à la Morava méridionale et le Vardar à l’Est qui est séparée de la Thrace. Dans la partie sud de l’Illyrie, en raison du contact avec les Macédoniens, les Thraces, les Épirotes et les Grecs egéens, plusieurs royaumes illyriens avec des rois tels que Bardhyl Ier (Bardylis), Glauk (Glaukias), Agron ou Gent (Genthios) sont mentionnés par les auteurs antiques et les sources épigraphiques. En plus de tout cela, une particularité visible des Illyriens est qu’il ne formèrent jamais un ensemble réunissant toutes leurs tribus et leurs territoires en un seul grand empire.

Origines culturelles et linguistiques

En ce qui concerne les origines illyriennes, il existe deux points de vue. L’un parle d’un peuple allochtone et l’autre d’un peuple autochtone. D’après les données archéologiques, linguistiques et historiques, les Illyriens sont considérés comme appartenant à la famille indo-européenne, qui selon une supposition est une continuité inninterrompue des habitants ayant précédé les Illyriens ou autrement dit les Pélasges. Ceci-dit, la provenance pélasgique reste à ce jour une hypothèse mythique alors que la plus acceptée par la majorité des chercheurs est la formation d’une ethnogenèse illyrienne entre la fin du Néolithique et le début de l’âge du bronze. Ce processus coïncide avec l’afflux de populations indo-européennes à la fin du troisième millénaire avant J.-C.

Faisant partie du groupe indo-européen, la langue illyrienne est reconnue par les chercheurs comme étant celle des Illyriens et est considérée comme la genèse de l’albanais. Le manque de sources écrites rend difficile son authentification, cependant, selon un grand nombre de chercheurs, le principe de continuité entre l’illyrien et l’albanais d’aujourd’hui est tout à fait plausible. Les difficultés sont différentes et résident dans des questions comme celles des sources épigraphiques venant de la tribu illyrienne des Messapes. Le messapien et l’illyrien deux langues différentes ou une seule identique ? Les Messapes sont les habitants d’une tribu illyrienne s’étant installée au sud de l’Italie, où plusieurs inscriptions en cet idiome ont fait soulever l’hypothèse de son interprétation par l’intermédiaire de l’illyrien. Cette hypothèse reste toutefois un objet d’étude pour l’avenir. D’un point de vue scientifique, les linguistes reconnaissent aussi les échanges linguistiques qu’il y eu entre l’illyrien et le thrace et tentent de regrouper ces deux idiomes dans un seul et même groupe thraco-illyrien en tant que branche du tronc indo-européen.

Le manque de sources écrites en illyrien a été remplacé par plusieurs interprétations faites sur l’étude des Albanais d’aujourd’hui et de leur parler, plus particulièrement dans les montagnes entre l’Albanie et le Kosovo. Les chercheurs du XIXème et XXème siècle comme Hans Krahe, dans son œuvre Die alten balkanillyrischen geographischen Namen, Heidelberg, 1925, ou alors Eqrem Çabej insistèrent sur cette hypothèse pour prouver le lien entre les Albanais et les Illyriens.

Tribus illyriennes

Les principales tribus illyriennes étaient entre autres les Liburniens, les Pannoniens et les Dalmates dans les environs de l’actuelle Croatie et Bosnie-Herzégovine. Les Labeates se trouvaient autour du lac de Shkodër, les Dardaniens dans l’actuel Kosovo, le sud de la Serbie et le nord de la Macédoine. Les Taulantiens occupaient des territoires qui s’étendaient depuis Durrës jusqu’aux environs de Vlorë. Les Atintanes autour des villes actuelles de Mallakastër, Skrapar, Përmet et peut-être même dans une partie de l’Epire et les Enchéléens autour du lac d’Ohrid et de Prespë. Plus au Sud, il y avait également l’Epire qui formait une unité administrative et politique se situant géographiquement dans une position importante du monde antique. Même si l’Epire formait une entité politique séparée de l’Illyrie, elle est évoquée par les auteurs antiques comme un territoire habité par des barbares (non grecs). Des chercheurs comme Pierre Cabannes ou alors N.G.L. Hamond abordaient ainsi l’Epire comme une communauté située au milieu du monde illyrien et grec, qui a joué un rôle considérable dans les événements de cette période et plus particulièrement du temps de Pyrrhus Ier. A l’époque de ce dernier, le monde hellénistique perd son hégémonie et c’est alors sa tribu (les Molosses) qui se met en avant. Un moment majeur de la vie de Pyrrhus Ier est la guerre qu’il mena contre les Romains en Sicile alors possession de la Grande-Grèce. Le débat sur l’origine ethnique des différentes tribus épirotes fait rage entre les chercheurs qui se hâtent à les appeler tantôt illyriennes tantôt grecques. Ce qui reste cependant indiscutable est que les tribus telles que les Caoniens, les Molosses et les Thesprotes étaient considérées par les auteurs antiques comme des barbares (non grecs). En plus de cela, selon l’organisation socio-culturelle de l’ethnè (ethnie) elles se rapprochaient sans aucun doute des tribus illyriennes, qui connaissaient bien cette organisation socio-administrative appelée Koinon (Communauté, République, Ligue, Fédération). On peut ainsi distinguer le Koinon de Byllis et celui d’Amantia au Sud de l’Illyrie qui étaient régulièrement en contact avec les tribus illyro-épirotes organisées autour du même système de Koinon. Rajoutons finalement, qu’il y eu également une tribu répondant au nom d’Albanoi et vivant dans la cité d’Albanopolis. Cette dernière se situerait à l’intérieur du triangle de Krujë, Tirana et Durrës et probablement de manière plus précise près du village de Zgërdhesh où ont été trouvées des ruines antiques. L’hypothèse de sa position géographique n’a toutefois pas encore été authentifiée par les chercheurs et les historiens. La raison pour laquelle cette tribu a une importance particulière est tout simplement car c’est d’elle que proviennent les noms d’Albanie et Albanais par lesquels sont appelés, à l’étranger, le pays et la population d’aujourd’hui.

Développement

La période entre 335 et 230 avant J.-C. fût l’époque de l’accroissement de la vie urbaine ainsi que du grand essor et de l’épanouissement de la cité illyrienne. Elle coïncide avec la plus grande consolidation de l’état illyrien. La vie urbaine se développa particulièrement dans les régions de la côte adriatique, à l’arrière-plan de Dyrrachion et Apollonia, qui constituaient le centre de l’empire. Les données épigraphiques nous informent d’autre part que dans certaines cités méridionales, l’administration urbaine était édifiée suivant le modèle des cités grecques.

Sur la liste de théorodoques de Delphes du premier quart du IIe siècle avant J.-C., qui renseignent sur les statuts des villes dans les pays occupés par Rome, sont inscrits les noms de huit cités illyriennes et épirotes : Dauli (non identifiée), Apollonia, Byllis, Oricos, Phoiniké (Finiq), Kemarai (Himara), Amantia et Dyrrachion (Durrës).

Les villes et les villages d’Illyrie du Sud perpétuèrent les anciennes traditions et conservèrent leur propre physionomie étant donné que la République romaine ne joua pas de rôle prépondérant dans les domaines économiques et culturels. À partir du Ier siècle avant J.-C., des immigrants italiques, s’installèrent dans quelques cités illyro-épirotes. Sur les noms gravés dans les inscriptions du parodos du théâtre de Bouthrôtos (Butrint) figure ainsi un Aulos d’origine romaine.

Politique

Un élément important de changement a été la guerre civile entre César et Pompée en Illyricum. L’occupation romaine arrêta alors l’indépendance du développement politique et culturel des Illyriens. L’organisation administrative de l’Illyrie, à caractère politique et économique adoptée par l’administration romaine, surtout après le premier siècle quand le pays était complètement occupé par les Romains, fut un des éléments qui ont servi à la Rome impériale pour atteindre cet objectif.

Dans les provinces illyriennes, à part les cités coloniales des premiers siècles de notre ère, les cités « municipes », qui n’avaient que le droit latin, c’est-à-dire le droit d’autogestion limitée, ont également joué un rôle important. Les municipes avaient aussi des propriétés terriennes dans leur périphérie, mais pas les institutions caractéristiques des colonies. Elles étaient répandues dans toutes les provinces illyriennes, y compris celles de l’intérieur. Des cités anciennes comme Lissus (Lezhë), devinrent municipes, mais une partie d’entre elles n’étaient que de petites agglomérations, à l’image des provinces dardaniennes, et leur transformation en cités était liée à l’exploitation des minerais. Ulpiana devint par exemple très tôt la principale cité de la région.

Le déclin de l’Etat illyrien commence juste après la première guerre illyro-romaine en 229 avant J.-C. et se poursuit avec les décisions adoptées par Rome en Illyrie du Sud en 168 avant J.-C. et avec la création de la province de Macédoine en 148 avant J.-C. dans laquelle furent incluses les régions au Sud du fleuve de Mat.

L’histoire assez mouvementée des Illyriens et leur civilisation durant les siècles d’occupation romaine, à la suite de nouvelles recherches, a commencé à prendre sa propre physionomie comme un tout homogène et logique avec un développement certain dans la continuité. Son contenu est celui d’une période dont le trait essentiel est la résistance de la population illyrienne contre la romanisation, malgré les processus de transformation de cette période et leur extension dans le temps et dans l’espace.

lavdosh-jaupajLavdosh Jaupaj
Contributeur libre

Université Lumière Lyon 2, France
Diplômé en master, avec pour thème
« Les édifices à spectacles de la période grecque sur le territoire de l’actuelle Albanie »

Actuellement en doctorat, avec pour thème
« Etudes des interactions culturelles en aire illyro-épirote du VIIème au IIIème siècle avant J.-C. »

Enseignant d’histoire à l’école albanaise « Fan Noli » de l’association « Bashkimi Shqiptar » à Lyon

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